«On ne naît pas heureux, on le devient». Embarquement
immédiat pour une leçon du bonheur. Quel est le baby-boomer
qui se lève à 5h30 du matin pour faire sa pratique
spirituelle bouddhiste jusqu'à 8h ?
Suite
On peut estimer que, de nos
jours, un peu plus de 10% des québécois sont familiers avec
ces pratiques. Dans le reste du Canada, en 2000, ils sont 9%
de la population, la Colombie-Britannique étant la grande
championne avec 17% en 1999.En 5 ans le nombre de
yogis a doublé
D'après le magazine Time de janvier 2003, aux
États-Unis, plus de dix-huit millions d'américains faisaient
du yoga. Leur nombre aurait doublé en cinq ans.
Le magazine
Newsweek indique, quant à lui, qu'à l'heure actuelle,
presque vingt millions ont adopté le yoga, ce qui fait
environ 7% de la population américaine.
Le Canada, le Québec
et les États-Unis ont sensiblement le même pourcentage de
pratiquants. Toujours pour l'Amérique du nord, Newsweek
annonçait en 2003 que 75% des clubs de remise en forme
offraient à présent des cours de hatha yoga (yoga
traditionnel indien). En quatre ans, ce chiffre avait, lui
aussi, été multiplié par deux.
Les occidentaux étant stressés, agités et
inquiets, le yoga leur apporte relaxation, concentration et
calme ; nul doute que cette discipline allait remporter un
franc succès chez nous. On dénombre plus de 150 centres de
yoga à travers le Québec (77 sont répertoriés), et au moins
300 professeurs répartis dans toute la province. Étant donné
ces chiffres qui doublent, triplent et quadruplent, on
comprend aisément qu'il y a là tout un marché lucratif qui
a, lui aussi, débarqué sur notre territoire.
Le yoga, une affaire de
femmes et d’enfants ?
Même si le yoga attire majoritairement les
femmes, les hommes y viennent peu à peu. D'après le magazine
«Yoga Journal», les hommes, parmi les pratiquants de yoga,
ne représentaient que 12% en 2001, alors qu'en 2004 ils
occupaient 23% des salles de yoga.
Étant donné la douceur et
la non violence de cette discipline, les personnes du 3ème
âge embarquent dans le mouvement : un rythme de yoga est
spécialement conçu pour elles, aux postures plus lentes,
simplifiées, avec variations et aussi mieux adaptées à leurs
capacités et à leur âge.
Les enfants et les adolescents ne sont pas
laissés pour compte non plus, bien au contraire, ils ont,
eux aussi, leur propre yoga plus actif et plus dynamique ;
Il s'agit d'un yoga basé sur des jeux. À titre d’exemple,
ils jouent au jeu : 1-2-3 soleil, lorsque les enfants ont à
s'immobiliser, ils doivent, en la leur ayant bien démontré,
bien apprise, prendre une des postures d'équilibre du yoga.
Par rapport aux adultes, ils ont bien souvent un avantage
considérable : une souplesse naturelle qui n’a pas encore eu
le temps d’être entachée par de vieilles mentalisations.
Leur difficulté est de rester concentrés, le pourquoi de les
maintenir le plus souvent dans le mouvement.
Parlons prix
Un cours de 45 mn à 2h de yoga peut varier
entre 8 à 15$. Les cours de méditation dirigée sont dans la
tranche de 5 à 10$. Par contre, la méditation pratiquée dans
certains centres de yoga en soirée et tôt le matin, elle est
libre et gratuite.
Cependant, la tendance va se
démocratisant en regard de la pratique du yoga, tout comme
celle du tai-chi : bien qu’elle soit adoptée par les classes
supérieures et moyennes, désormais elle s’applique à tous.
En pénétrant dans les YMCA et YWCA, depuis trois ans, les
cours de yoga sont inclus dans les forfaits, deviennent
abordables et, de ce fait, un plus grand bassin de
population y a accès.
La foire aux yogas
Avec
le temps, bien des types de yoga nous sont parvenus et il
devient difficile de s'y retrouver. Il semble y en avoir
pour presque tous les goûts. Par exemple, pour celui qui
aime bouger vite il y a l’Ashtanga yoga (ou power yoga) qui
ressemble à de l'aérobic.
Le Hatha yoga ou yoga
traditionnel, le plus répandu, qui, selon une variété de
postures en alternance et savamment étudiées, fera
travailler davantage l’adepte sur la tenue de la posture, la
respiration et le temps de relaxation.
Le Kripalu yoga est
un yoga plus zen ou plus méditatif : les positions sont
enchaînées, sans pause, mais tout en douceur et en continu.
Le Bikram yoga, a beaucoup fait parler de lui,
il se pratique en salle surchauffée.
Peu répandus encore,
mais aussi disponibles à Montréal, deux types de yoga
hautement thérapeutiques : le yoga Égyptien axé sur la
rééducation de l’appareil locomoteur, travail efficace sur
les difficultés de la colonne vertébrale et le yoga Kung-fu
ou yoga Chinois on ne peut plus régénérateur.
On ne compte
plus non plus les écoles de yoga où l'on devient professeur
de yoga. Certaines écoles sont plus rigoureuses que d'autres
: les formations varient de quelques fins de semaine à un
mois. Quant à la méditation, elle est de différents types :
soit, basée sur la visualisation comme la méditation
tibétaine ou sur le souffle, comme dans la méditation zen.
Tout un choix choix à Montréal où l’on trouve quelques
dizaines de centres pratiquant la méditation dirigée ou la
méditation libre.
Ashram, un univers de
discipline
Parfois méconnu, on peut se méprendre sur
l'image d'un ashram en Inde qui est en toute authenticité un
lieu de spiritualité où l’on y exerce une pratique forte et
assidue de yoga et de méditation. l'Ashram de yoga Sivananda
en est une réplique.
Lieux de retraite
Le yoga et la méditation ont leurs propres
lieux de retraite. En général, ils sont situés en pleine
campagne, dans le calme et loin de toute pollution. On note,
au Québec, quelques Ashram ou communautés spirituelles
axées sur la pratique du yoga et de la méditation.
La règle
d’or du débutant en yoga, le bon professeur
Il est
important de trouver un bon professeur de yoga plutôt qu'un
soi-disant professeur de yoga situé près de chez soi. Même
si vous devez changer de ligne de métro pour aller vers un
bon professeur, n’hésitez pas, l’effort en vaut la peine.
Malgré tout, un long trajet pour un débutant risque de le
démotiver.
Plus tard, la passion du yoga venue, le yogi
chevronné n'hésitera pas à franchir des centaines de
kilomètres pour assister à un cours donné par un professeur
qu’il aura sélectionné. Au début donc, il s’agit de dénicher
un centre avec des professeurs formés et pas trop loin de
chez soi.
La non
réglementation dans le yoga
De nos jours,
le yoga n'est ni contrôlé, ni réglementé. Il ne se soumet à
aucune loi car chaque maître (ou guru) a bâti, au fil du
temps, son propre enseignement et sa propre école de yoga.
Ceci étant, le débutant introduit dans le monde du yoga a
comme vrais repères les références qui lui ont été fournies
par le bouche à oreille. Sans référence, il peut facilement
se prendre. Le yogi expérimenté, quant à lui, parviendra
toujours à trouver son chemin.
Cependant, en
matière de réglementation, des fédérations de yoga se sont
implantées, et l’on en retrouve une au Québec qui regroupe
seulement cent dix professeurs de yoga sur des centaines qui
existent. Par contre, aux États-Unis et en Europe : Yoga
Alliance et la Fédération française des professeurs
de yoga, tentent de contrôler la formation de
professeurs.
Interrogatoire des professeurs
Comme à peu
près n'importe qui peut se déclarer professeur de yoga du
jour au lendemain, nous devons rester vigilant et ne pas
croire d’emblée, il faut observer discrètement et
attentivement, poser quelques questions au professeur sur sa
formation ; lui demander de faire un essai, pour juger le
professeur sur l’avancement de ses postures.
Tout bon
professeur devrait être apte à corriger et à parler des
bienfaits de la posture sur les différents processus
d’élimination, digestion, ou régénération.
Facultativement, et s’il veut bien se prêter à l’intérêt que
nous lui démontrons, il serait instructif de lui demander
depuis quand il enseigne, où il a été formé, dans quel
institut, combien d'heures ou de semaines a duré sa
formation ? (ce qui est vérifiable sur internet, deux cents
heures de formation sont le minimum requis). La curiosité et
l’intérêt du yoga étant présent, pourquoi ne pas lui
demander depuis quand il fait du yoga, quel autre type yoga
il connaît, etc.
Vous pouvez vous retrouver avec des
réponses bien argumentées ou bien totalement floues et
jusqu’à quel point alors serez vous en mesure de trancher,
ne connaissant rien au yoga.
Le cours
d’essai
Ensuite un
essai d'une classe de yoga s'impose. Dans la plupart des
gros centres de yoga, elle est généralement offerte, sinon
n'hésitez pas à demander un essai gratuit, sans engagement.
Un vrai professeur de yoga ou un centre sérieux, n’ayant
rien à se reprocher, seront totalement ouverts à vous offrir
un essai gratuit, en plus d'être capable de vous parler
longuement de yoga.
Le site internet
Passeport santé Proteus, une référence
Le site explique aussi les conditions
entourant le yoga : l'endroit où l'on pratique le yoga
devrait être un lieu idéal, c'est-à-dire calme, avec une
lumière douce, et une odeur d'encens, planant pendant le
cours.
Or, nous sommes à Montréal en pleine ville, bruyante
et polluée.
Ne demandez donc pas trop à un centre mais optez
plutôt pour le lieu où vous avez repéré le meilleur
professeur et ensuite l’endroit le plus calme que vous
pouvez trouver. Les bruits de klaxons sont inévitables ; en
restant bien concentré dans la pratique, sur une respiration
profonde, il sera aisé de se détacher des bruits extérieurs.
En conclusion : Essayez donc
quelques centres de yoga, de un à trois par exemple, avant
de vous engager dans une session de cours.
Quelques
pages de livres et de Web :
Les
ouvrages de André Van Lysbeth sont excellents, l’un des
grands yogis reconnus au niveau international.
Le
magazine Protégez-vous a publié un numéro spécial
sur le yoga en octobre 2004, testant plusieurs centres
de yoga de Montréal. Il est disponible en bibliothèque
publique.
Il s'agit de l'interprète francophone officiel du Dalaï-lama
: Matthieu Ricard. Ce brillant élève, né en 1946, aurait pu
mener en France une prestigieuse et confortable carrière de
chercheur en biologie cellulaire et être auréolé de
médailles et de prix (dont le Nobel), mais à la place, il a
préféré rejoindre les grands sages bouddhistes flairant que
le bonheur se trouvait chez ces moines plutôt qu'au sein du
si convoité Institut Pasteur.
35 ans auprès des plus grands sages. Pourquoi ?
Quand on lui demande ce que trente-cinq années passées
auprès des sages (dont l'un fut l'enseignant du Dalaï-lama)
lui ont apporté, il répond : «on ne peut imaginer quelque
chose de plus précieux que d'avoir constamment un exemple
parfait de ce que peut être le bout du chemin et de ce que
peut être un être éveillé.
Avoir cette perfection humaine et
spirituelle en face de soi en permanence c'est un rappel, un
exemple constant qui vous évite très subtilement de dévier
dans des chemins de traverse».
Observant nos sociétés
occidentales, dont il est le fruit, il constate et, du même
coup, nous fait prendre conscience d'un phénomène tout à
fait extraordinaire et surprenant. «Alors que nous
consacrons tant d'efforts à étudier, à faire du sport pour
notre santé, à améliorer notre confort, à parfaire notre
paraître et notre beauté, jamais, à aucun moment, nous ne
nous préoccupons de notre condition intérieure, celle qui
justement détermine notre qualité de vie».
Et de rajouter :
«nous travaillons sur tout, sauf sur l'essentiel».
Le bonheur ne dépend pas des conditions extérieures
Il a été démontré maintes fois que notre bonheur ne dépend
pas des conditions extérieures, les gagnants du loto tombent
en dépression et certains prisonniers torturés sortent des
camps dépourvus de haine.
Tout dépend de notre perception du
monde, de nos réactions et de notre attitude face à la vie,
et cela se travaille et s'apprend grâce à la méditation.
Comment marche la méditation ?
La méditation ou ce qu'il appelle, moins exotiquement,
l'entraînement mental, est un outil qui permet de se changer
soi-même. En fait, le méditant, en position assise dans un
lieu calme, se concentre sur un objet, sa respiration ou une
image mentale, il observe peu à peu le flux de ses pensées,
sa conscience, ses états de torpeur ou de fatigue, les
douleurs dans son corps.
Il découvre l'ego, qui est le «je»,
le monde des illusions et de celui du changement perpétuel,
il commence à comprendre, à voir plus clairement et plus
subtilement, la tranquillité et le calme s'installent en
lui.
Une autre méthode, celle de la compassion, est de
générer au plus profond de soi-même des états de compassion
en souhaitant le bonheur de tous les êtres vivants. Et enfin
la dernière méthode, celle de la contemplation, consiste à
observer et regarder simplement notre douleur physique ou
mentale, sans fuir ou la nier.
À quoi sert l'entraînement mental ?
À devenir heureux ! Avec la pratique et surtout la
régularité, le méditant commence à percevoir plus justement
le monde qui l'entoure, de nouvelles idées lui apparaissent,
il voit la réalité telle qu'elle est et non à travers le
prisme déformant de sa subjectivité. Mais, «cette paix ne
s'acquiert pas sans effort», ajoute-t-il, et le Dalaï-lama
confirme : «le bonheur à bon marché, immédiat et sans peine
n'existe pas».
Avec son visage et son accent d'un occidental, son crâne
rasé et sa robe rouge safran de moine, Matthieu Ricard porte
à la fois en lui l'héritage de la culture française
judéo-chrétienne (laissée depuis 25 ans) et l'enseignement
de la philosophie bouddhiste tibétaine. Il est l'un des
ponts, un trait d'union entre ces deux mondes qui tentent de
se comprendre et qui d'après lui peuvent s'aider.
Freud et Pascal Bruckner avaient tort.
Dans son tout dernier livre «Plaidoyer pour le bonheur», il
n'hésite pas à nager à contre-courant des théories de
psychologie moderne reconnues et utilisées couramment de nos
jours.
Les fondements de Freud et Schopenhauer tombent sous
ses arguments, et le discours du tout dernier philosophe
agitateur, Pascal Bruckner, est décomposé en morceaux.
Ce
moine scientifique ne trouve pas notre mal-être à la même
place que ces prédécesseurs, et les remèdes pour parvenir au
bonheur consistent à se pencher avec sérieux sur le
fonctionnement de notre mental. Pas de recette miracle. Pas
de bonheur instantané.
Sa définition de l'ego dérange aussi.
Pour nous, occidentaux, l'ego représente la confiance en
soi, voir la fierté. Pour lui, bien au contraire, la
confiance en soi ne peut exister que lorsque l'ego
s'évanouit. Dans ses explications, il trouble nos habitudes
de penser et modifie nos repères.
Ses démonstrations sont
claires, limpides et sans appel. De façon sérieuse il
déclare que : «nous pouvons devenir plus heureux si nous
intégrons la pratique de la méditation dans notre
quotidien».
C'est prouvé !
«L'expérience montre qu'un entraînement prolongé de notre
mental et une attention vigilante permettent d'identifier et
de gérer les émotions et les événements mentaux à mesure
qu'ils surviennent. Cet entraînement inclut l'accroissement
des émotions saines comme la compassion, l'empathie et
l'amour altruiste. Il demande également de cultiver
systématiquement la lucidité, laquelle permettra de réduire
l'écart entre le réel et les pensées que nous projetons sur
lui.
Changer notre interprétation du monde et notre façon de
vivre, les émotions momentanées, engendre une modification
de nos humeurs qui ouvre sur une transformation durable de
notre tempérament».
Je médite comme je me brosse les dents.
Matthieu Ricard raconte son expérience régulière de la
méditation lorsqu'il travaillait à l'Institut Pasteur tout
en étant plongé dans la vie parisienne : «je me souviens des
immenses bienfaits que m'apportaient ces quelques moments où
je tournais mon regard vers l'intérieur.
Il est bon
d'observer comment les pensées surgissent, de contempler cet
état de sérénité et de simplicité toujours présent derrière
l'écran des pensées qu'elles soient sombres ou joyeuses. Et,
dès lors que l'on a trouvé un peu de paix en soi, il devient
plus facile de mener une vie affective et professionnelle
épanouissante».
La tâche est énorme et il faut du courage mais…
Un homme marche sur une plage couverte d'étoiles de mer qui
meurent au soleil. Un camarade qui le regarde lui demande :
«Te rends-tu compte qu'il y a des millions d'étoiles de mer
! Si louables soient-ils, tes efforts ne font aucune
différence». Et l'homme, tout en jetant une étoile de plus à
l'eau de répondre : «Si, pour celle-ci, cela fait une
différence» !
Un astronome japonais, de caractère stable et
ouvert, avoua un jour à Matthieu Ricard : «Il faut beaucoup
de courage pour regarder en soi». Deux mois par an, ce moine
des temps modernes, qu’est Matthieu Ricard, se retire pour
vivre en ermite à deux heures de Katmandou. Son livre
convainc sans vouloir convaincre. Il éclaire sans chercher à
briller. Un baby-boomer est devenu grand sage qui inspire.
Propos tirés de l'entrevue de Jean Christophe de l'Union
Bouddhiste Française. Propos recueillis à la TSR «Plaidoyer
pour le bonheur». Matthieu Ricard, Nil éditions, 2003.