
Entrevue
Yoga Mondô : Quel type de dépendances aviez-vous ?
J-F. : Je buvais beaucoup de vin, je fumais et durant les soirées dans les boîtes, je prenais quelques pilules d’ecstasy. Je n’étais pas un junkie, mais quand même… En regardant autour de moi, je remarque qu’il y a beaucoup de personnes comme moi, légèrement dépendantes, mais dépendantes tout de même.
Quel yoga pratiquiez-vous durant votre période de désintoxication ?
Le hatha-yoga et le yoga nidra. Je n’ai pas eu de cours privés ou adaptés à mon problème de dépendance, ni des asanas ou des exercices de pranayama spécifiques à faire. J’ai suivi les cours habituels, comme tout le monde à l’école Satyam de Hervé Blondon. Durant les séances de yoga nidra, en position de sâvasana, je faisais le vœu de retrouver ma confiance et de mettre fin à ces dépendances.
Quel fut votre premier contact avec le yoga ?
Au début, le côté spirituel, le chant d’introduction, le om, m’énervait beaucoup. Je me disais que je n’allais certainement pas chanter ces trucs-là et maintenant je les chante toujours dans mes cours de yoga. J’ai mis aussi du temps à trouver le yoga qui me convenait.
Comment avez-vous ressenti les effets du hatha-yoga ?
À l’époque j’avais perdu tous mes repères, je n’arrivais pas à trouver ma place et je n’avais plus du tout confiance en moi. Le yoga m’a permis de me recentrer et de faire le ménage dans ma tête.
Après cinq mois de yoga, j’ai commencé à ressentir le subtil, à sentir à quel point le corps est important et qu’il ne faut pas le gâcher avec des substances toxiques. J’ai aussi découvert le lien mental-corps. Je notais que, quand le corps était intoxiqué, l’esprit n’allait pas bien non plus.
Au fil des mois, il y a eu aussi une grosse dissolution de mon ego, je suis quelqu’un de soigné, mais aujourd’hui si j’ai un cheveu de travers je ne cours plus chez le coiffeur.
Quelle était votre pratique ?
J’allais au centre de yoga une à deux fois par semaine et les autres jours je pratiquais au moins une demi-heure chez moi. Chaque jour je faisais aussi le nettoyage du nez. C’est vraiment devenu une routine dans ma vie.
Faisiez-vous une thérapie en même temps ?
Non, seulement le yoga. Ma thérapie c’était le yoga. Voilà pourquoi aussi je suis devenu professeur de yoga, j’en fais une mission de vie.
N’y a-t-il pas eu de dépendance au yoga ?
Au début un peu, mais, comme j’étais sévère avec moi je ne voulais pas laisser une dépendance pour tomber dans une autre. À présent, si un jour je ne fais pas ma pratique, je ne culpabilise pas toute la journée. J’aime beaucoup le yoga, c’est un processus d’amour.
Vous avez l’air très discipliné ?
Le yoga pour moi c’est une discipline. Et je le pratique pour le « ressentit » que j’éprouve juste après la séance, cette relaxation, la reconnexion avec moi-même et le ménage qui s’est effectué dans ma tête. Après, tout est plus clair. Et bien sûr, quand tu veux absolument faire ta pratique le matin, tu te couches tôt.
Je dis aussi souvent à mes élèves « tenez bon ». Quand ils me disent « la semaine prochaine je ne pourrai pas venir car j’ai un souper », je leur réponds « essayez de déplacer le souper », et finalement la semaine suivante je les vois au cours.
Y a-t-il eu des rechutes ?
Oui, mais je n’ai jamais arrêté le yoga. Parfois certains cours de yoga m’ont beaucoup trop secoué émotivement. J’ai donc rechuté, mais pas de la même façon. J’avais conscience et je me disais « ce n’est pas bon pour le corps et pour l’esprit ».
Et maintenant ?
Un an après, c’est le temps que je considère pour ma « cure », je suis capable de prendre un verre de vin sans descendre toute la bouteille et surtout je ne bois pas pour le feeling de l’alcool. J’ai même arrêté de fumer.
Maintenant j’ai une grande confiance en moi, je doute parfois de ma manière de procéder, mais pas de moi. Je travaille dans le respect et l’amour, donc j’ai confiance pour le futur. Et finalement je me dis que si je n’avais pas bu je n’aurais pas connu le yoga ! Certains de mes élèves me disent qu’ils trouvent plus facile de moins boire ou d’arrêter de fumer depuis qu’ils font du yoga.
Votre pratique actuelle ?
Je fais 30 à 45 minutes de yoga par jour et tous les jours je lis à propos du yoga. Tous les deux jours je pratique une série complète, dans l’après-midi en général, sinon je fais au moins mes salutations au soleil tous les matins, entre 6 et 12.
Avez-vous aussi exploré la méditation ?
Je médite une à deux fois semaine, mais je suis plus indiscipliné, j’ai un peu de mal à m’asseoir et à fixer le mental. C’est difficile pour moi, alors qu’en faisant les asanas, je parviens à faire réellement le ménage dans ma tête.
Pour conclure aimeriez-vous dire aux personnes qui se savent en dépendance un mot par rapport au yoga ?
Je leur dirais qu’il n’y a rien à perdre à l’essayer sérieusement et que c’est en le découvrant qu’on le ressent.