« Rien de nouveau à offrir »
Aujourd’hui, mon discours va porter sur la guerre, la paix et la réconciliation. Ces sujets sont familiers pour tout le monde.
Nous pensons tous à ces problèmes, mais je dois vous avertir tout de suite que je n’ai rien de nouveau à offrir, pas de nouvelle idée, vraiment rien de spécial. Vous risquez donc d’être déçus après avoir écouté cette conférence. Vous allez peut-être même vous ennuyer au bout de 20 minutes de discours et j’en suis désolé (rires de l’audience). Mais aujourd’hui, la météo est belle, il ne fait ni trop chaud, ni trop froid, donc nous pouvons passer du bon temps ici (rires de l’audience).
Comme vous le savez je suis bouddhiste.
Mon approche, à propos du thème « guerre, paix et réconciliation », est une approche modérée. Pour moi, la paix n’est pas seulement une absence de violence, la paix est une attitude de compassion. Et toutes les actions motivées par la compassion représentent la paix. De façon similaire, toutes les actions motivées par la haine ou la jalousie représentent la violence. Un autre aspect de la paix est la création, et lorsque l’on parle de guerre, il s’agit alors de destruction, de la volonté d’apporter une fin à quelque chose.
Nous sommes tous des êtres vivants, nous, les arbres, ce gazon en face de moi dans le stade, enfin j’espère que ce gazon n’est pas artificiel, (sourires). Ces fleurs proches de moi sont, elles, vraisemblablement bien réelles. Ces plantes n’ont pas de conscience, mais biologiquement elles ont la capacité d’exister, de grandir et de se recréer. Tous les facteurs qui aident à grandir sont positifs.
Nous apprécions tous les anniversaires et surtout les fêtes d’anniversaire, et aux enterrements nous sommes tristes. C’est notre nature profonde ; exister, être heureux ou triste. La guerre signifie la fin, même si on n’aime pas cette nature-là des choses.
La peine de mort, la guerre et l’économie
Tuer une personne est fondamentalement mauvais et ce quel que soit le prétexte. Des organisations internationales, comme Amnistie internationale, entretiennent un mouvement mondial pour abolir la peine de mort et j’ai signé pour le supporter. Je pense que la peine de mort n’a aucun bénéfice.
Dans une situation où les criminels n’ont pas le pouvoir de réhabilitation, si quelqu’un a créé beaucoup de souffrance en tuant, il va porter toute sa vie le poids de ses actes. Tuer ces criminels n’a rien de préventif. Je pense que les personnes qui ont tué, doivent être considérées comme des sujets de compassion et de pardon. Mais je ne veux pas interférer avec les lois américaines.
Tuer est très mauvais et très triste. La guerre signifie la violence à grande échelle. Une personne qui tue une autre personne est appelée un meurtrier, mais lorsqu’il s’agit de mobiliser des milliers d’hommes pour aller tuer d’autres hommes, on appelle alors ces hommes des héros.
Dans les temps anciens les communautés s’entre-tuaient pour la sauvegarde de leur propre race. Mais il en est tout autrement à l’heure actuelle, dans la perspective d’une économie globale où les frontières physiques ne sont plus importantes. Prenons, par exemple, les États-Unis qui dépendent économiquement de leurs voisins et aussi des Européens ; puis les Européens dépendent, eux, des Africains, qui dépendent eux-mêmes des Asiatiques. Tous sont interdépendants. Selon cette réalité, il faut être conscient que la planète c’est nous, juste nous, et que détruire quelqu’un d’autre c’est se détruire soi-même.
Le concept de la guerre est questionnant. À cause de la technologie, la capacité de détruire est énorme, en plus de coûter très cher. Prenons l’exemple de l’arme nucléaire, durant la guerre froide, chaque partie développait cette nouvelle arme, et chacun menaçait l’autre qu’il était prêt à tirer. Alors les personnes qui avaient vraiment conscience de cette force sans précédent, ont réalisé que si une guerre éclatait le monde pouvait disparaître.
Les coûts de ces armes sont énormes. Je suis allé plusieurs fois en Russie et on m’a dit que cette nation réinvestissait une partie de l’argent de son armement dans la santé et l’éducation. Certains États africains dépensent leur argent dans les armes alors qu’ils n’ont même pas assez de nourriture pour nourrir le peuple.
J’aime me sentir comme si je parlais à un vieil ami.
(Le Dalaï-lama se sert une tasse de thé, très calme).
Pour beaucoup d’entre vous c’est la première fois que l’on se rencontre. Nous sommes tous des êtres humains : il n’y a pas de différence, mentalement, émotionnellement, nous avons tous une conscience, un désir de vivre heureux, nous rêvons tous de la paix, nous sommes donc tous bel et bien pareils.
Émotionnellement, nous sommes identiques car nous avons tous éprouvé la haine, la jalousie. Moi aussi j’ai éprouvé de la haine et de la jalousie, tenez par exemple, quand mon traducteur parle anglais je suis jaloux de ses compétences en anglais (rires de l’audience et du traducteur officiel assis à côté de lui).
Physiquement, nous avons des différences, la forme de nos lèvres ou de notre nez. Ma coupe de cheveux est différente. Je passe mon temps à dire que nous sommes tous les mêmes, je suis désolé si vous trouvez que je passe trop de temps sur ce point.